Utøya 22 juillet

Erik Poppe, 2018, Norvège, DCP, version originale norvégienne sous-titrée allemand et français, 93', 16/16 ans

ME à 19:00

Description

Au chant discret de quelques oiseaux, accompagné d’un lointain brouhaha, des bruits de pas foulant le gravier d’un chemin forestier précèdent l’arrivée d’une jeune fille, qui s’arrête au milieu du cadre, se tourne face caméra, et nous fixant de ses yeux verts qui se fondent dans la nature alentours, prononce ces mots: «Vous ne comprendrez jamais.» Le regard toujours plongé dans le nôtre, elle poursuit, demande à être écoutée, et on constate que ses paroles s’adressent à sa mère, dont une oreillette qu’on n’avait pris soin de remarquer nous laisse à peine percevoir la voix inquiète au téléphone. C’est ainsi que Kaja se présente à nous, le 22 juillet 2011, deux heures à peine après l’attentat d’Oslo. Elle est sur l’île d’Utøya, «l’endroit le plus sûr du monde», qu’on ne quittera pourtant qu’avec peine.

Composé à partir de cinq plans-séquences de 72 minutes tournés sur cinq jours d’affilée avec des comédiens amateurs désireux d’incarner leurs contemporains ayant fui les balles sur l’île sept ans plus tôt, le film d’Erik Poppe est un cri d’alarme autant qu’un hommage à toutes les proies, une tentative d’user du cinéma comme d’une arme consciente à brandir contre le combustible des folies furieuses, tout comme d’une palette de couleurs vives à jeter sur la patine terne que l’oubli dépose cruellement sur tous les faits divers. En ressuscitant ces démons aussi jeunes qu’intemporels comme épouvantails à planter sur l’autoroute en devenir de leurs directs cousins, Poppe ose le courageux pari d’affronter les inévitables carambolages, comme poussé par l’urgence sous un feu nourri de toutes parts. S’il est important de faire voir, il est essentiel de laisser montrer, et Poppe expose et dissèque ici une majestueuse lecture de l’inconcevable vu par la cible, où il serait bien trop commode de ne voir que des balles perdues siffler entre les lignes.

> Lire un entretien avec Erik Poppe, par Annika Pham (anglais)