Et maintenant, on va où?
Un village, quelque part au Liban, après le dernier épisode de guerre civile. Les séquelles sont partagées par tous, mais pas de la même manière par les hommes et les femmes. Les premiers sont toujours prêts à rouvrir les vieilles blessures, pendant que les mères et épouses n'ont qu'un souci: arrêter de souffrir. Si bien que lorsqu'une série d'incidents plus ou moins fortuits menacent de raviver le conflit, les femmes du village enchaînent les stratagèmes les plus inventifs et saugrenus pour empêcher leurs hommes de déterrer la hache de guerre et risquer de mourrir inutilement…
Le fond est grave. Le conflit interreligieux, la foi, la mort, la perte d'un proche, les pleurs des veuves, des orphelins, blessures incurables d'une mémoire collective lourde d'événements sanglants. Mais la réalisatrice met le doigt sur l'absurdité des conflits et ironise positivement la recette des déclencheurs pour le plus grand plaisir des spectateurs! Ses armes? Le génie de l'amour et de la peur.
Ecrit avant les révolutions arabes, mais coloré d'optimisme, le film, comme l'a dit si joliment un journaliste du Monde «est apparu comme une hirondelle cinématographique annonçant le printemps arabe». La réalisatrice, elle, explique: «l'idée de ce film est partie d'une flambée de violence le 7 mai 2008 au cœur de Beyrouth. Je venais tout juste d'apprendre que j'étais enceinte: je me suis demandée jusqu'où j'irais pour protéger mon enfant. Et je sais que j'irais très loin (...) On sait qu'il suffit d'un rien pour que ça explose et on en a marre de ces conflits interreligieux. Le film exprime finalement ce que beaucoup de gens ressentent au Liban, appartenir à une religion plus qu'à un pays.»
La touche personnelle de la jeune cinéaste pour contrebalancer la gravité du sujet: ajouter des scènes de type comédie musicale, inspirée de Cendrillon ou de Grease, de manière à prendre des libertés scénaristiques et s'approcher de la fable ou du conte de fée.
Si vous avez déjà vu «Caramel», premier long de Nadine Labaki, sachez que style, vigueur et couleurs sont déjà une signature! Vous pouvez difficilement vous méprendre sur l'objet: c'est à voir absolument!

