The Seen and Unseen

Kamila Andini, 2017, Indonésie/Pays-Bas/Australie/Qatar, DCP, version originale balinaise et indonésienne sous-titrée français, 86', 16/16 ans

Sortie le 21 novembre

Description

Une salle d’hôpital, à Bali. L’écran montre un rideau flou, qui s’ouvre tout à coup sur l’antre du patient. C’est l’histoire d’un enfant malade. «Tantra a une tumeur dans le cerveau […] Ses sens sont touchés.» Des mots que la mère ne comprend pas. Ne peut pas comprendre. Que le père tente d’expliquer, se faisant l’intermédiaire du médecin. Tantra, le garçon malade, a une sœur jumelle, Tantri.

Porté par un réel soin de l’image, des jeux de clair-obscur ainsi qu’une musique bien dosée et bien placée, composée par Yasuhiro Morinaga, «The Seen and Unseen» arrive à traiter ce sujet grave en le transformant en une insoupçonnable poésie. Alors que tout dans le film est porté à nous dépayser – les notes même de la gamme indonésienne ne sont pas les «fa» et les «sol» que nous connaissons – tout nous apparaît pourtant comme familier. Car ce n’est rien d’autre que l’espoir d’une famille face à la maladie qui est raconté.

Tantra souffre d’une dégénérescence lui faisant perdre ses sens. Il ne ressent plus le chaud, ni le froid. Il ne sent même plus ses jambes. «C’est tout pareil», comme il le dit à sa sœur. Le drame est total. Débordant de fatalité. Si, comme le soutenait le philosophe Berkeley, être, c’est être perçu («esse est percipi»), qu’est-ce donc que vivre sans percevoir? La non-sensation n’est-elle pas un non-sens absolu?

Pour échapper au deuil anticipé de son frère, Tantri se réfugie dans un monde imaginaire, fait d’oiseaux, d’ombres, de mythologie indonésienne. Dans cet univers magique, la lune occupe une place déterminante, en particulier la pleine lune. Le jeune garçon lui-même se compare à elle: «j’ai l’impression d’être la lune, si brillante. Mais au bout d’un moment, elle perd son éclat.»

Au cours d’une scène, on voit la sœur de Tantra, cachée, surprendre sa mère en train de s’effondrer en larmes dans la cuisine. A la presque toute-fin du film, Tantri se couche contre son frère, l’enlaçant sur son lit d’hôpital, lui qui ne sent plus rien. Ces deux moments ne constituent que des exemples d’un film réussi à chaque instant, pour une simple et bonne raison : «The Seen and Unseen» est à hauteur d’enfant. A hauteur de rêve. – Jonas Follonier, Le regard libre