NOUVEAUTÉ
Cette semaine sort «Peau à peau», premier long métrage de la scénariste et réalisatrice québécoise Chloé Cinq-Mars, qui, par endroit, fait écho à «Die My Love» de Lynne Ramsay. En effet, ces deux films abordent non seulement la thématique du post-partum mais plus largement, celle de la psyché féminine ; leurs réalisatrices livrant le portrait très fort de femmes aux prises avec des tourments existentiels qui mettent à nu la fragilité des équilibres affectifs et identitaires sur lesquels repose leur quotidien. Si «Die My Love» est l’adaptation d’un roman de l’écrivaine argentine Ariana Harwicz, Chloé Cinq-Mars a elle puisé une partie de son inspiration dans sa propre dépression post-partum et s’est approprié les codes du film d’horreur sans y céder complètement pour nous plonger dans la noirceur qui envahit Pénélope, jeune mère confrontée aux fantômes de son passé. Hantée par les ombres, isolée, elle s’enfonce dans la paranoïa, nuit après nuit, au point de perdre pied avec la réalité. Ces deux films, sensibles et complexes, fonctionnent comme des monologues intérieurs et contribuent à élargir les récits féminins en dévoilant une réalité qui, jusqu’il n’y a pas si longtemps, était encore reléguée à la sphère privée et considérée comme taboue. À l’occasion de cette sortie, nous vous proposons une séance supplémentaire de «Die My Love» (samedi 6 à 16h).
TOUJOURS À L’AFFICHE
Des femmes, il est aussi question dans «My Stolen Planet» de Farahnaz Sharifi. À travers son histoire personnelle et un impressionnant travail de collecte d’images d’archives, la réalisatrice iranienne raconte le quotidien de toutes celles qui ont été contraintes par le régime en place dans son pays, «d’émigrer vers l’intérieur», de se replier dans leur propre foyer pour trouver une forme de liberté. Une question profondément intime et pourtant tellement universelle, qui, au regard des récents développements politiques en Iran et dans le monde, elle n’a jamais été aussi pertinente.
La «Divine Comedy» d’Ali Asgari est une folle épopée dans les rues de Téhéran, où l’on suit, sur leur scooter rose, Bahram, un réalisateur empêché de montrer son film, et Sadaf, sa productrice, tous deux déterminés à défendre, coûte que coûte, leur intégrité et la liberté artistique. Oscillant entre comédie grotesque et tragédie, le film raconte le courage et l’abnégation nécessaire – aux cinéastes et à touxtes celleux qui luttent – pour faire face à la réalité de l’Iran contemporain, tout cela avec une touche d’humour mordant à souhait.
Dans «L’Être aimé» se joue un huis clos à ciel ouvert dans le désert espagnol, sec et étouffant, à l’image de ce duo père-fille qui peine à réparer un lien abimé par le temps, la distance et les silences. Des retrouvailles sur un plateau de tournage, l’œil de la caméra, puis l’œil de Sorogoyen, et puis enfin le nôtre : le cinéma se met en scène pour mieux décortiquer la complexité de ces personnages. Ainsi, se donne à voir la multiplicité des récits au gré des formats, avec une certaine sensibilité et sans tomber dans le pathos.
DERNIÈRES SÉANCES
Après huit semaines à l’affiche, voici venu le temps des dernières séances pour «The Drama» de Kristoffer Borgli, alors si vous ne savez toujours pas quelle terrible révélation fait trembler les fondements du couple Pattinson/Zendaya, ne tardez pas ! (dimanche 7 à 16h15 et lundi 8 à 20h45).
Ce sera également la dernière séance de «Black Rabbit, White Rabbit» du réalisateur iranien Shahram Mokri, qui poursuit son exploration des récits entrelacés et récursifs pour interroger les mécanismes du pouvoir et de la domination. Derrière son intrigue fragmentée, où se croisent une femme victime d’un accident suspect, une jeune actrice en quête de reconnaissance et une équipe de tournage hantée par la présence d’une arme réelle, le film propose une réflexion politique sur les rapports de contrôle qui structurent la société contemporaine (lundi 8 à 18h).
ÉVÈNEMENTS
La semaine prochaine marquera le retour de Tunnel Vision avec la projection d’«Opening Night» qui a été mis en scène et filmé au cours du vernissage de l’exposition de Tiphanie Kim Mall dans l’espace d’art indépendant Tunnel Tunnel au printemps 2026. De par le dispositif – plusieurs caméras ont capté, simultanément, la soirée, le travail de montage offre un effet kaléidoscopique qui brouille les rôles et les relations – l’œuvre, sa présentation, ses protagonistes, ses spectateur·ice·x·s et son autrice sont tou·te·x·s là pour être vu·e·x·s en même temps, et à plusieurs reprises. Les curateurixces ainsi que l’artiste seront présent·e·s pour une rencontre à l’issue de la projection.
CinéPlatine fêtera la fin de sa première saison au Cinéma Bellevaux avec la projection du culte, glam et queer «Velvet Goldmine » de Todd Haynes, inspiré des vies de David Bowie. Cette séance sera suivie d’un karaoké et nous vous invitons à vous inscrire en proposant une chanson dans le thème de la soirée en glissant un mot à info@cineplatine.ch.
Enfin, et pour une semaine seulement, puisque la fermeture estivale approche à grands pas, nous sommes ravi·e·s de vous annoncer que le très mystérieux et prometteur «Backrooms» sera à l’affiche dès le 17 juin.
D’ici là, bonne(s) séance(s) !