Mercredi 27.05 – Mardi 02.06

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Nouveautés de la semaine

Cette semaine, pour commencer, nous voudrions vous partager quelques mots prononcés la semaine dernière à Cannes par Ken Loach, qui pour répondre aux propos de Wim Wenders en début d’année a choisi de citer Martin Luther King : «La pire chose n’est pas la violence des méchants, mais le silence des gens de bien». Il ajoute «Face à l’exploitation, l’oppression, la richesse insensée et la pauvreté désespérée, les guerres et leurs crimes, et, laissez-moi le nommer, le génocide à Gaza, nous ne pouvons pas rester silencieux». Certain·e·s cinéastes y sont pourtant contraint·e·s, et doivent composer avec. Le silence devient alors une arme, ou plutôt, un outil de résistance.

«Les artistes sont les protecteurs de la vérité, les voix radicales de la civilisation, ce n’est pas un boulot pénible et nous continuerons de le faire au mieux». Notre engagement est de partager avec vous, ces voix, ces histoires et ces films.

 

NOUVEAUTÉ

 

«Lorsque nous partageons un souvenir avec les autres, il passe du privé au public. Cette histoire est étroitement liée à une résistance à l’oubli. À une époque où les structures de pouvoir s’efforcent de raconter l’histoire de manière à dissimuler des segments importants et populaires, il devient d’autant plus crucial de partager des détails personnels et des microrécits.» Ce sont ici les mots de Farahnaz Sharifi, la réalisatrice de «My Stolen Planet» désormais exilée en Allemagne. Elle y raconte non seulement son histoire, mais celle de milliers de femmes, en Iran, unies pour surmonter les souffrances infligées par la dictature religieuse en vigueur dans leur pays. Construit autour d’une tension permanente entre ce qui peut être montré, ce qui doit être caché, et ce qui risque de disparaître, ce documentaire, constitué d’archives en super 8, de vidéos amateurs, de moments de fête et de vie souvent sans paroles, offrant une résonance toute particulière. Le silence est une matière intime, mémorielle, mais surtout éminemment politique.

 

TOUJOURS À L’AFFICHE


Dans «Black Rabbit, White Rabbit», la dimension politique est peut-être plus discrète, mais pas moindre. Shahram Mokri tourne depuis des années des films fondés sur la répétition et l’impossibilité de sortir d’une structure, à lire comme l’expression d’un enfermement : les personnages répètent, rejouent, reviennent aux mêmes points sans parvenir à transformer réellement leur destin. Ici, l’histoire tourne autour d’un revolver – référence explicite au «fusil de Tchekhov» – plaçant le spectateur dans une situation d’attente, instaurant une atmosphère étrange que David Lynch n’aurait pas reniée.

Ali Asgari dénonce quant à lui plus précisément la censure. Réalisée dans la continuité de «Chroniques de Téhéran», qui décrivait les carcans de la société iranienne à travers neuf situations en plans fixes dans lesquels un personnage faisait face à une figure d’autorité de la dictature gardée hors champ, cette «Divine Comedy», tournée clandestinement, s’ouvre sur une mise en scène similaire et nous entraine dans le sillage d’un réalisateur empêché de montrer son film. Un film jubilatoire qui ne manque ni de mordant ni de poésie.

 

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Ce silence, terrible, qui suit parfois les révélations, voilà ce qui occupe, plus que la révélation en elle-même, Robert Pattinson et Zendaya dans «The Drama» de Kristoffer Borgli. On y assiste impuissant·e·s à la décomposition de leur couple, grignoté par le malaise grandissant qui révèle en filigrane des discussions de société qui dépasse et dévoile leurs fragilités et leurs contradictions.

«L’Être aimé», récemment présenté à Cannes, repose sur les années de séparation entre un père cinéaste (brillant Javier Bardem) et sa fille (Victoria Luengo). À défaut de trouver les mots pour se retrouver, iels se regardent, ou plutôt s’observent, rarement frontalement, sans parvenir à s’apprivoiser. Rodrigo Sorogoyen, dont c’est le septième long métrage après le remarqué «As bestas» en 2022, transforme cette distance affective en tension permanente : les dialogues existent, parfois même de manière très violente, mais l’essentiel reste constamment tu, soulignant leur incapacité de se rejoindre. Les personnages, comme enfermés dans leurs émotions propres, ne savent plus les formuler, donnant au film une intensité émotionnelle discrète, mais persistante.

 

DERNIÈRES SÉANCES


Chez Lynne Ramsay, à qui l’on doit notamment «We Need to Talk About Kevin» ou encore « A Beautiful Day», le silence raconte lui aussi l’incommunicabilité. Dans «Die My Love», aucuns mots ne semblent être capables de traduire ce que traverse Grace. La réalisatrice privilégie les gestes, les respirations et les sensations aux explications psychologiques, jouant constamment sur l’alternance entre saturation sonore et silence brutal pour accentuer ce sentiment de fracture mentale et émotionnelle, ce décrochage avec la réalité. Sans jamais chercher à intellectualiser son sujet ni à véritablement l’analyser, elle dissèque avec un jusqu’au-boutisme rare l’esprit d’une femme en pleine dépression post-partum, amorçant sa descente aux enfers. Et pour ce faire, elle n’épargne ni ses personnages ni ses spectateurs (mardi 2 à 20h30).

 

RENDEZ-VOUS


Ce vendredi, hors du cadre du cours «No Sound: Sound Reflection» du Bachelor Arts Visuels de l’ÉCAL, les étudiant·e·s présenteront une soirée de concerts, performances et conférences. Ce cours donné par Thibault Walter entend donner des repères pour mener une réflexion sur les usages du son et de l’écoute en art. Rendez-vous dès 19h pour découvrir ce qu’il en est !

Samedi à 20h30, à quelques jours de sa sortie et avec la complicité de CinéBobines Québec, nous vous proposons de découvrir en avant-première le premier long métrage de la réalisatrice québécoise Chloé Cinq-Mars, «Peau à peau», qui débute sur un hold-up et s’enfonce graduellement dans le délire paranoïaque de Pénélope, une jeune mère désemparée et rongée par ses erreurs passées. La séance sera suivie d’une discussion avec la réalisatrice en visio.

D’ici là, bonne(s) séance(s) !

Vendredi 29 mai à 20:00

The Rats’Song

Installations & performances collectives Hors du cadre du cours «no sound» de l'écal | Entrée libre

Samedi 30 mai à 20:30

Peau à peau

Chloé Cinq-Mars, 2025, CA/CH, DCP, VF, 100', 16/16 ans Avant-première suivie d'un Q&A| CinéBobines Québec

Je 28.05 à 18:30 | Lu 01.06 à 18:30

My Stolen Planet

Farahnaz Sharifi, 2024, IR/DE, DCP, VOstFR, 82', 16/16 ans

Me à 18:15 | Je à 20:15 | Sa à 15:30 | Di à 18:15 | Lu à 16:00

L'Être aimé

Rodrigo Sorogoyen, 2026, ES/FR, DCP, VOstFR, 135', 16/16 ans

Di 31.05 à 15:30 | Lu 01.06 à 20:15

Black Rabbit, White Rabbit

Shahram Mokri, 2025, TJ/AE, DCP, VOstFR, 139', 16/16 ans

Sa 30.05 à 18:15 | Di 31.05 à 20:45

Divine Comedy

Ali Asgari, 2025, IR/IT/FR/DE/TR, DCP, VOstFR, 98', 16/16 ans 

Me 27.05 à 20:45 | Ma 02.06 à 18:15

The Drama

Kristoffer Borgli, 2026, US, DCP, VOstFR, 106', 14/16 ans

Ma 02.06 à 20:30 – Dernière séance

Die My Love

Lynne Ramsay, 2025, US/CA/GB, DCP, VOstFR, 119', 16/16 ans